Résumés Revista Crítica 72 (2005)

Boaventura de Sousa Santos
La critique de la gouvernance néo-libérale: le Forum Social Mondial en tant que politique et légalité cosmopolite subalterne

La gouvernance est aujourd’hui présentée comme un nouveau paradigme de régulation sociale venant supplanter le paradigme antérieurement en vigueur, fondé sur le conflit social et le rôle privilégié de l’Etat en tant qu’être souverain chargé de réguler ce conflit par la voie du pouvoir de commande et de coercition à sa disposition. Dans cet article, je fais une critique radicale de ce nouveau paradigme, en le concevant comme la matrice régulatrice du néolibéralisme, entendu comme la nouvelle version du capitalisme de laissez-faire. Centrée sur la question de la gouvernabilité, cette matrice régulatrice présuppose une politique de droit et des droits tendant à aggraver la crise de la légitimité de l’Etat. Certaines facettes de la gouvernance peuvent être rencontrées dans le mouvement global de résistance contre la globalisation néo-libérale, dont la meilleure expression se trouve dans le Forum Social Mondial. Au contraire de la gouvernance hégémonique, ce mouvement se fonde sur l’idée du conflit et de la lutte contre l’exclusion sociale; c’est ce qui se manifeste dans les conceptions et les politiques de droit qu’il adopte.

Dick Flacks
La question de l’impact dans les études des mouvements sociaux

La collaboration entre Tilly, Sidney Tarrow et Doug McAdam a débouché sur un cadre conceptuel qui domine aujourd’hui les études des mouvements sociaux. Le travail de ces auteurs a eu l’utilité d’attirer l’attention sur les déterminations structurales des actions de contestation, en accentuant les opportunités externes, les menaces et les contraintes qui expliquent l’émergence et l’évolution des mouvements. Il se trouve, cependant, que les études des mouvements sociaux sont devenues de plus en plus “académiques “, se vouant surtout à examiner les concepts et à tester les hypothèses. Dans ce sens, le travail réalisé dans ce domaine a perdu son impact social et a été en même temps amené à négliger les questions intellectuelles qui sont fondamentales. Parmi celles-ci se trouvent les efforts investis consacrés à comprendre les origines des mouvements et de la motivation des activistes. L’une des formes qui permettraient de réhabiliter l’impact de ces questions, c’est de faire de sorte que les milieux académiques qui concentrent leur travail sur les mouvements sociaux renouent le dialogue avec les activistes de ces mouvements.

Benjamín Tejerina
Mouvements sociaux, espace public et citoyenneté: les chemins de l’utopie

L’objet de cette étude est d’établir les relations qui s’établissent entre les mouvements sociaux et les processus de construction de la citoyenneté moyennant la réappropriation et la re-signification tant physique que symbolique de l’espace public. Depuis les études sur l’action collective, l’espace public est compris traditionnellement comme la scène où ont lieu les conflits autour de la légitimité des exigences collectives. Il en résulte que l’espace public a une connexion directe avec les espaces du privé, avec les intérêts privés et avec l’assemblage de ces intérêts en réseaux de socialité connectant diverses individualités. Une espèce du privé partagé qui devient visible quand la mobilisation politique occupe l’espace public. La cristallisation des exigences qui se formulent en espace privé partagé, produit la modification de l’atmosphère des droits et des responsabilités de la citoyenneté qui questionne et met en crise les limites de la politique institutionnelle-institutionnalisée.

José Manuel de Oliveira Mendes & Ana Maria Seixas
Action collective et contestation au Portugal: les mouvements sociaux dans le miroir des médias (1992-2002)

Dans cet article, nous présentons une analyse des actions collectives et des mouvements de contestation qui ont eu lieu entre 1992 et 2002 au Portugal. L’objectif principal est d’appréhender de manière plus précise la configuration sociale et politique des actions de protestation, son évolution dans le temps, ses caractéristiques déterminantes et le répertoire des techniques utilisées. L’effervescence politique et le haut degré de mobilisation que nous y constatons contrastent avec les habituelles affirmations à propos de la faiblesse de la société civile au Portugal. Les actions de contestation étant marquées par un localisme accentué, notre argument est que ce localisme a toute la potentialité de déboucher sur un renouveau de la vivacité politique en se fondant sur la participation et la proximité des pouvoirs par rapport aux citoyens, à travers une démocratisation radicale de la vie sociale et politique. La violence qui traverse de nombreuses actions analysées ne peut pas être lue comme la réminiscence d’une quelconque violence originelle ou dérivant des logiques ataviques de l’action politique; elle doit être lue tout au contraire comme indicatrice de la maturité démocratique de la société portugaise. La centralité de l’enseignement, à tous les niveaux, dans les actions de contestation révèlent combien est importante l’éducation et le capital scolaire dans les stratégies familiales de reproduction et de mobilité sociales dans la société portugaise.

Daniel Cefaï
Les nouveaux mouvements de protestation en France. L’articulation de nouvelles arènes publiques

Cet article trace un panorama critique de l’émergence des nouveaux mouvements de protestation (NMP) en France, pendant les dernières décennies. Nous présentons les nouvelles arènes publiques qui, depuis le milieu des années quatre-vingts, ont été ouvertes par les NMP, suivant les transformations de la société salariale et de la politique publique, et répondant à la mondialisation croissante des mécanismes économiques, stratégiques et sociales. Pour qui investit politiquement dans les NMP, l’importance de leur émergence réside dans le réarmement de la critique sociale et la reconstitution d’une gauche radicale. De nouveaux problèmes publics se sont imposés aux citoyens, aux spécialistes et à ceux qui prennent les décisions politiques, en particulier au sujet des “sans papiers”, des “sans travail” et des “sans abri”, mais aussi quant à la santé publique, l’écologie ou la consommation. De nouveaux acteurs collectifs, les ONG, les mouvements et les organismes de coordinations sont devenus les partenaires et les adversaires incontournables des pouvoirs publics. Cependant, il existe le danger de voir ces mouvements glisser vers une action politique institutionnelle axée sur les partis, ce qui mettrait en cause l’action concertée de la gauche politique et l’efficacité de son action, soit dans le contexte national, soit dans le contexte européen.

José Manuel de Oliveira Mendes
“Seul est vaincu celui qui cesse de lutter”: Contestation et Etat démocratique au Portugal

A partir de l’étude d’un espace local fortement marqué par une logique de mobilisation collective, je cherche dans cet article à apprendre comment se construit la citoyenneté. Cette étude de cas est utilisée pour comprendre les dynamiques d’intersection entre la communauté analysée et les logiques de contrôle et de pouvoir de l’Etat central. Je considère également que les concepts de populisme, de caciquisme, de césarisme, etc., remodelés par les élites politiques et médiatiques en fonction des exigences du jeu démocratique, impliquent des comportements irrationnels et disqualifient la capacité de subjectivation politique des personnes et des populations, procédant par l’élision des processus sociopolitiques qui pourront expliquer certaines actions ou représentations dans le champ politique.

Ana Maria Seixas
Apprendre la démocratie: jeunes et contestations dans l’enseignement secondaire au Portugal

A partir, fondamentalement, des rapports parus dans la presse et des entretiens avec les élèves de l’enseignement secondaire, nous tentons dans cet article d’analyser les trois grandes mobilisations de contestation des élèves de l’enseignement secondaire au Portugal, depuis les années 90 : la protestation contre le concours général d’accès à l’enseignement supérieur en 1992 et contre le concours global en 1994, ainsi que le mouvement contre la politique éducative et la révision des matières à la fin des années 90 et au début des années 2000. Nous cherchons à comprendre pourquoi les élèves de l’enseignement secondaire protestent, quels sont les motifs et les logiques invoqués, comment ils s’organisent et voient leur participation aux mouvements de contestation, à une époque où l’éducation pour la citoyenneté, visant la formation des citoyens conscients et participatifs, est trop mise en avant.

Published 3 January 2006
Original in Portuguese

Contributed by Revista Crítica de Ciências Sociais © Revista Crítica de Ciências Sociais Eurozine

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