« Gilets jaunes » : révolte fiscale, demande d'égalité et crise de la représentation

Les Français sont habitués aux mouvements sociaux de grande ampleur, qui apparaissent soudainement, provoquent des blocages, se développent en manifestations de rue, accompagnées d’actions violentes et de vandalisme et qui obligent le pouvoir à revenir en arrière sur des mesures impopulaires. En ce sens, le mouvement des « gilets jaunes », s’il a surpris les observateurs, les journalistes et la classe politique par sa rapidité et son ampleur, n’est pas exceptionnel. Il s’inscrit en effet dans une série qui, sans même remonter à mai 1968, regroupe les grèves de 1995, les émeutes de 2005, les séries de manifestations lycéennes et étudiantes des années 1990 et 2000. Il n’est pas inhabituel qu’un mouvement social ayant un fort impact sur la vie quotidienne des Français, avec des blocages, des risques de pénurie, des dégradations, reste pourtant populaire auprès d’une large majorité de Français. En effet, plus que les manifestants, c’est le pouvoir qui est jugé responsable des désordres, par son manque d’écoute, son manque de réactivité ou sa mauvaise gestion des débordements violents lors des manifestations.

Le mécontentement populaire est perçu avec une forte légitimité à travers le pays, même si l’on a du mal à comprendre quelle part de la population est mobilisée et en quoi sa mobilisation exprime un malaise partagé par une majorité de Français. Lors des grandes grèves de 1995, on avait parlé de « grève par procuration » pour expliquer le soutien que les usagers, fortement pénalisés par la grève des transports, apportaient aux grévistes, d’après les enquêtes d’opinion. Au-delà de la grève catégorielle touchant les avantages sociaux, notamment le système de retraites, des agents de la SNCF (les cheminots), une part des Français avait vu dans ce mouvement une occasion de sanctionner un Président de la République, Jacques Chirac, élu sur la promesse qu’il allait réduire la « fracture sociale » mais qui avait lancé une politique d’austérité. Plus largement, la culture politique française montre une grande tolérance à l’égard de l’expression de la conflictualité sociale, considérée comme une forme de vitalité démocratique. En outre, le mouvement syndical, contesté depuis le 19èmesiècle par des formes d’actions directes de l’anarcho-syndicalisme, est resté numériquement faible (la CFDT, premier syndicat français, compte moins d’un million d’adhérents) en France et n’a jamais atteint les taux d’adhésion des sociales-démocraties.

Il n’est donc pas surprenant qu’un mouvement social parte de la base, de manière informelle, en dehors des organisations syndicales et politiques et se révèle de ce fait difficile à comprendre pour le gouvernement. On a déjà vu, lors des mobilisations étudiantes, une coordination échappant complètement aux syndicats mais parvenant à développer ses revendications plus efficacement que les organisations établies (retrait du projet de loi sur le Contrat Première Embauche, un contrat de travail au rabais pour les jeunes en 2006). Même des mouvements encadrés par les syndicats laissaient voir ces dernières années que ceux-ci étaient souvent débordés par leur base et incapables de structurer les mouvements, encore moins d’en tirer parti en termes de légitimité. Ils suivaient le mouvement pour donner l’impression qu’ils gardaient un rôle mais leur influence était clairement en recul. Mais ces dernières années, aucune manifestation n’avait fait reculer le gouvernement : ni la « Manif pour tous » (2012-2013) de nature conservatrice, qui contestait l’ouverture du mariage aux couples du même sexe, ni « Nuit debout » ancrée à Gauche, qui rejetait la réforme du droit du travail (2016). Cependant, avec ce mouvement des « gilets jaunes », le refus de la représentation politique et syndicale a franchi un seuil et a conduit à une impasse complète du dialogue, aucune délégation n’acceptant de parler avec le Premier ministre, les uns par refus de l’idée de « représenter » une base, les autres renonçant après avoir reçu une série de menaces, parfois menaces de mort, à travers les réseaux sociaux.

Une manifestante gilet jaune, se tient sur un feu de signalisation sur les Champs-Elysées à Paris, France, le 24 Novembre 2018. Source: Wiki Commons

La désintermédiation du nouveau monde des réseaux sociaux et des outils numériques touche aussi l’action militante et politique. Ici, c’est une pétition en ligne « Pour une baisse du prix des carburants à la pompe ! » massivement relayée sur les réseaux sociaux, jusqu’à atteindre en quelques jours un million de signatures, qui a lancé le mouvement fin octobre. Aussi a-t-il été particulièrement difficile pour le gouvernement d’anticiper la force de développement du mouvement et de comprendre comment répondre aux revendications. Il a été parfois impossible pour les journalistes, surtout ceux des chaînes télévisées d’information en continu, d’aller faire des reportages sur les ronds-points bloqués, certains se faisant agresser par les gilets jaunes ou n’étant pas admis sur les lieux occupés.

Tous les observateurs ont souligné l’hétérogénéité du mouvement des « gilets jaunes » : dispersion sur le territoire, faible coordination, absence de représentants officiels. De nombreuses fausses nouvelles ont donc circulé, sans possibilité de démentis ou de corrections. D’après les reportages accessibles dans la presse, on pouvait relever, à quelques kilomètres d’écart, des situations très contrastées sur les barrages : ici une ambiance « bon enfant », des comportements responsables, là des tensions, des menaces et parfois des violences. Les « gilets jaunes » du jour ne présentaient pas toujours le même profil que ceux de la nuit. La géographie des blocages a suscité beaucoup de commentaires, qui reposaient le plus souvent sur des informations incomplètes et toujours discutables. Certains y ont vu la révolte des départements ruraux de l’Est et du Centre de la France. De fait, les centres villes et les banlieues n’ont pas été touchés (pas un seul barrage dans toute la Seine-Saint-Denis au Nord-Est de Paris (93), par exemple, le territoire regroupant un grand nombre de banlieues défavorisées et de cités HLM). Mais, à mesure que le mouvement s’installait dans la durée, cette première analyse a été contestée et des géographes ont montré que l’immense majorité des communes où se trouvaient un point de blocage se situait près des grandes aires urbaines. Les mobilisations décrivaient plutôt les espaces urbains intermédiaires, les centres commerciaux, les stations-services, les ronds-points familiers aux personnes contraintes à une forte mobilité pour leur travail. Elles montrent les interdépendances territoriales des habitants ou des usagers des métropoles qui se déplacent entre les centres villes, les campagnes, les lotissements, les bourgs ruraux, les zones d’activités économiques, les centres commerciaux etc.1

De ce point de vue, l’automobile est bien le symbole et le facteur déclenchant d’une révolte de ménages qui, quels que soient leurs ancrages géographiques, ont le sentiment de ne pas tirer parti des services offerts par ces différents espaces et de ne subir que les coûts ou les inconvénients de la mobilité. La mobilisation des automobilistes s’inscrit dans la continuité du mécontentement qui a traversé tout le pays cet été quand le gouvernement a décidé de faire passer la limite de vitesse sur les routes nationales de 90 km/h à 80 km/h. Cette mesure très impopulaire a provoqué une forte baisse de la popularité de l’exécutif dans les sondages pendant l’été. Avec le mouvement des gilets jaunes, une série d’actes de vandalisme a touché la moitié (!) des radars routiers permettant de relever les infractions à cette limitation de vitesse. Loin des grands sujets politiques qui avaient occupé la campagne électorale présidentielle, ce sujet de la vie quotidienne montre un attachement à la culture de la voiture individuelle comme objet de consommation et symbole de l’autonomie individuelle (« touche pas à ma bagnole »).

Que peut-on dire de la sociologie des « gilets jaunes » ? Qui sont-ils ? Un mouvement peu nombreux (peut-être 350 000 au maximum de la crise) disséminé sur un grand nombre de points sur tout le territoire est difficile à décrire. Leurs prises de parole parfois confuses, mêlant des revendications peu élaborées (moins d’impôts, plus de services publics) ne donnent pas une image en soi très éclairante. Une équipe d’universitaires a lancé, fin novembre, une enquête de terrain pour comprendre le mouvement à Bordeaux et sa région, Marseille, Caen et sa région, Rennes, Montpellier, Grenoble et sa région.2

Malgré un échantillon très limité et peut-être biaisé en raison du refus de répondre de nombreux « gilets jaunes » (166 questionnaires diffusés les 24 novembre et 1er décembre), c’est la seule enquête à ce jour interrogeant directement des personnes actives dans le mouvement (et non des soutiens déclarés, plus ou moins lointains). L’enquête fait ressortir un profil de personnes qui travaillent ou ont travaillé, appartenant aux classes populaires ou à la « petite » classe moyenne (lower middle class). La catégorie sociale la mieux représentée dans le mouvement est celle des employés (45 % des actifs présents, contre 27 % de la population active française). Ils sont nettement plus nombreux que les ouvriers, qui représentent 14 % des participants. Les artisans, commerçants et petits patrons sont également particulièrement nombreux (14 % des actifs présents, contre 6,5 % de la population active française). Un quart des participants au mouvement sont des retraités, une catégorie habituellement très peu présente dans ce type de manifestation. Les plus de 65 ans comptent pour 17,3 % des participants, contre seulement 6,2 % pour les 18-24 ans. Une moitié des personnes interrogées déclare payer des impôts (une proportion presque identique à la population générale) et 85 % indiquent posséder une voiture. Les participants n’appartiennent pas aux catégories les plus précaires de la population.

Pour presque la moitié des répondants (47 %), le mouvement des « gilets jaunes » constitue leur première mobilisation. Sans surprise, ils rejettent les organisations représentatives traditionnelles : 64 % considèrent que les syndicats n’ont pas leur place dans le mouvement, 81 % rejettent tout autant les partis politiques. Du point de vue de la proximité politique, la réponse la plus courante consiste à se déclarer apolitique, ou « ni de droite ni de gauche » (33 %). En revanche, parmi ceux qui se positionnent, 15 % se situent à l’extrême gauche, contre 5,4 % à l’extrême droite ; 42,6 % se situent à gauche, 12,7 % à droite. Ces chiffres sont très décalés par rapport à une autre enquête disponible, portant sur les Français en général, qui montre un fort soutien des personnes se déclarant proche de l’extrême-droite au mouvement des « gilets jaunes », un soutien plus fort que celui donné par les personnes proches de la France Insoumise (extrême-gauche).3  Mi-décembre, la France insoumise et le Rassemblement national sont les seuls partis politiques appelant à la poursuite du mouvement, une forme de rapprochement des extrêmes qui n’avait encore jamais eu lieu en France jusqu’à présent. Au moment des manifestations violentes et des affrontements avec la police, l’action simultanée des radicaux des deux bords a trouvé un début de convergence.

Les raisons de la colère sont à la fois pragmatiques et confuses. Pragmatiques parce que le point de départ concerne le prix des carburants. Mais confuses parce que les revendications se sont développées à mesure que le mouvement s’installait jusqu’à demander, dans les cas les plus extrêmes, la démission du Président de la République et l’instauration d’un nouveau régime politique. De fait, trois sujets se sont emboités successivement, en élargissant le cercle des contestations. Le premier sujet de mécontentement portait sur la fiscalité « verte », c’est-à-dire le partage de l’effort pour financer la transition énergétique. Le gouvernement a en effet lancé en 2014 une taxe spéciale sur les carburants (appelée Contribution Climat-Énergie) qui doit inciter (c’est l’idée de « signal prix » cher aux économistes) les consommateurs à changer leurs comportements afin de privilégier les gestes les plus favorables à l’environnement ou ayant le moins d’impact sur le réchauffement. Cette taxe devait progressivement monter en charge d’ici 2022. Elle a rapporté 6,4 milliards d’euros de recettes en 2017, 9,1 milliards d’euros en 2018 et devait en rapporter le double en 2022. Mais cette hausse s’est faite en même temps qu’une augmentation des cours mondiaux du pétrole cet été et elle s’accompagne d’une autre augmentation touchant spécifiquement le diesel. En effet, après avoir encouragé le développement du diesel grâce à une fiscalité avantageuse (le diesel était notoirement moins taxé que l’essence), les autorités françaises ont entamé un mouvement inverse, nécessaire mais mal préparé et mal accepté, d’alignement de la fiscalité du diesel sur celle de l’essence. Ainsi, les automobilistes qui utilisent beaucoup leur voiture et qui avaient jusqu’à présent intérêt à rouler au diesel se sont trouvés devant un retournement brutal du discours officiel et se sont sentis doublement pénalisés : d’une part en raison de la fin des avantages accordés au diesel et d’autre part en raison de la hausse générale du prix des énergies thermiques. Plus précisément, une partie de la population, qui ne peut pas facilement changer son mode de transport, parce qu’il n’existe pas d’alternative à la voiture sur certaines zones du territoire, n’a pas accepté une mesure perçue comme injuste parce qu’elle pèse sur ceux qui n’ont pas d’alternative à la voiture individuelle, même s’ils comprennent l’urgence d’une action contre le réchauffement climatique. Sur ce point, la réponse du gouvernement a été une suspension pour toute l’année 2019 de la hausse prévue de la Contribution Énergie-Climat. Mais cette réponse est apparue insuffisante car les revendications avaient pris entre temps une autre dimension.

En effet, au-delà de la seule question de la voiture individuelle, le mouvement des « gilets jaunes » a révélé un malaise portant sur la stagnation du pouvoir d’achat des petites classes moyennes. Même pour des ménages qui ont un revenu moyen, les dépenses contraintes (logement, assurances, transports, remboursements d’emprunts etc.) sont toujours plus pesantes, ce qui réduit le « reste à vivre », c’est-à-dire la part du revenu que chacun se sent libre d’utiliser. Sans se trouver dans la pauvreté, une part importante des ménages souffre d’une vie « rétrécie ». De fait, en raison de la crise de 2008, le revenu des ménages a stagné en France tandis que la pression fiscale s’est beaucoup accrue sous la présidence de François Hollande. Or, le gouvernement d’Emmanuel Macron a encore alourdi les impôts en touchant notamment les retraités. Il a simultanément touché un symbole de la justice fiscale en supprimant l’impôt sur les grandes fortunes (ISF) au nom de la relance de l’investissement. Ainsi, il a donné le sentiment de mener une politique fiscale déséquilibrée, favorisant les très hauts revenus et oubliant les classes moyennes laborieuses. Même s’il avait prévu dans son programme des mesures d’allégement qui toucheront 80% des contribuables (réforme de la taxe d’habitation, qui est payée au niveau local), celles-ci ne sont pas encore sensibles et ne suffisent pas à donner le sentiment de justice sociale. Comme il a exclu de rétablir cet ISF, un impôt qui rapporte peu, décourage l’investissement et provoque un exil fiscal des hauts revenus en l’absence de coordination européenne des niveaux d’imposition, il n’a pas complètement répondu à la colère des « gilets jaunes », même s’il a promis un grand débat sur la dépense publique (c’est-à-dire, indirectement, sur les prélèvements obligatoires dont le niveau place la France au premier rang mondial).4

Enfin, la revendication des « gilets jaunes » porte sur des aspects plus directement démocratiques. Elle exprime une demande de prise en considération, comme le montre le symbole même du gilet jaune fluo, qui est fait pour être visible en cas d’accident sur la route. C’est une demande de visibilité, de respect et de reconnaissance. Elle porte donc une critique du manque d’écoute de la part de ceux qui exercent le pouvoir, facilement assimilé dans un système très centralisé, à Paris en général. La colère contre les symboles parisiens exprime ce rejet d’une décision politique trop verticale et centralisée, perçue comme une forme de mépris. La critique s’est adressée ici directement au Président de la République, vu comme hautain, distant, indifférent aux difficultés de la vie quotidienne. Il paie ici le prix de son manque d’expérience politique, de son absence d’ancrage local mais aussi d’un exercice du pouvoir volontiers solitaire et d’une prise de hauteur revendiquée. Cet échec personnel est d’autant plus surprenant qu’Emmanuel Macron avait mis en avant, pendant sa campagne électorale, la nécessité de faire de la politique autrement. Il avait ainsi lancé sa campagne sans proposer de programme dans un premier temps, mais en se mettant tout d’abord « à l’écoute » des Français avec une « Grande Marche » qui visait à recueillir les avis des Français afin d’élaborer ses propositions. S’il a su mener une campagne participative (inspirée par les comités locaux de la campagne d’Obama), il n’en a en revanche pas tiré les conclusions pour l’exercice du pouvoir. Il n’a pas donné suite à la demande de participation qu’il avait entendue et a même laissé son parti, La République en Marche, qui avait été l’outil de cette rénovation de la vie démocratique, un peu à l’abandon (le secrétaire général du parti, un parfait inconnu, n’a été élu que le 1erdécembre dernier).

Emmanuel Macron s’est installé dans le rôle institutionnel du Président tel qu’il a été défini dans la VèmeRépublique, un rôle qui concentre beaucoup de pouvoirs mais aussi beaucoup de responsabilités. Comme les pouvoirs intermédiaires sont traditionnellement faibles en France, que les partis politiques se sont effondrés lors de la dernière élection présidentielle, que le Parlement n’a pas de vrai pouvoir autonome de décision, que le gouvernement est constitué de nouvelles personnalités sans poids politique significatif, Emmanuel Macron est effectivement très isolé au sommet du pouvoir. Sa force institutionnelle est devenue sa faiblesse politique. Il se trouve donc directement exposé à une colère populaire incontrôlée, qu’il n’a pas les moyens de contenir et avec laquelle il ne peut pas dialoguer. Pour sortir de cet isolement dangereux, il faudrait réinventer un équilibre des pouvoirs dans nos institutions, de manière à vraiment démocratiser la fabrication de la décision politique. Mais aucune proposition en ce sens n’a été esquissée pour le moment.

Peu d’éléments positifs sortiront de ce mouvement pour la société française. L’affaiblissement des corps intermédiaires, le manque de culture du débat et du compromis, la méfiance contre les politiques et l’élite dirigeantes se sont confirmés et sans doute aggravés. La colère des « gilets jaunes » correspond en partie à un malaise social auquel il est possible de répondre par des mesures d’équité fiscale et de redistribution. Mais ce conflit social est aussi resté en partie obscur et insaisissable. Il n’a pas contribué à donner à la société française une image plus lucide d’elle-même. Il a certes permis à une partie peu visible de la population de prendre la parole. Mais l’absence de représentation collective et de porte-parole, la confusion des revendications et la dispersion des actions laisse son message en partie inaudible. La crise démocratique semble encore plus difficile à résoudre. Quel peut être le débouché politique d’un mouvement très largement consumériste, porté par des classes moyennes intégrées ? Pendant les semaines de manifestations et de blocages, on n’a plus du tout parlé des banlieues, des discriminations, de l’exclusion, de la grande pauvreté, des jeunes etc., tous ces autres aspects du malaise social français qui ne sont pas moins explosifs. La question de la transition écologique a été mise entre parenthèse et sera difficile à remettre au devant des choix politiques, tant qu’elle semblera contredire les aspirations à la justice sociale. C’est une nouvelle synthèse entre enjeux écologiques, priorités économiques et reconstruction de notre modèle social qu’il faut pouvoir mener, au-delà de la révolte, sur le terrain politique. Mais le programme orthodoxe de relance de la croissance économique par l’investissement que poursuit Emmanuel Macron n’offre pas de perspectives de réponses sur ce terrain-là.

Contre la vision simpliste mais populaire d'un David Goodhart qui oppose les "somewhere" aux "anywhere", on peut dire que les "gilets jaunes" s'installent sur les ronds-points, des lieux de connexion, pour montrer qu'ils sont "everywhere", en déplacement entre plusieurs lieux de vie et de circulation. Les ronds-points, qui se sont multipliés sur les routes françaises, sont aussi un symbole de l'intervention publique (l'objectif est de réduire la mortalité sur les routes) parfois impopulaire en raison du coût et de la fréquence de ces aménagements.

Sondage IFOP pour Atlantico, "Le regard des Français sur le mouvement des "gilets jaunes" dans la perspective des élections européennes", décembre 2018, https://www.ifop.com/wp-content/uploads/2018/12/116028-Rapport.pdf.

Les prélèvements obligatoires représentent en France 46,2 % du PIB (contre 46 % au Danemark) mais les prélèvements obligatoires rassemblent les impôts et les cotisations sociales, qui sont particulièrement élevées en France, ce qui permet en contrepartie d'avoir un bon niveau de remboursement des dépenses de santé et des retraites d'un bon niveau moyen.

Published 19 December 2018
Original in French
First published by Eurozine

© Marc-Olivier Padis / Eurozine

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