Résumés Multitudes TR (2007)

YANN MOULIER-BOUTANG
QUAND LE NUMÉRIQUE S’INVITE DANS LA TRANSMISSION EN ART

À l’heure d’une interrogation sur ce que l’art transmet, il apparaît nécessaire de considérer ce qui constitue aujourd’hui un aspect renouvelé de la question à la lumière des technologies numériques. Au-delà des schémas dialectiques canoniques, les NTIC se présentent comme révélateurs des externalités positives, en ce qu’elles dépersonnalisent les créations et court-circuitent les relations maître / disciple, artiste / public et artiste / intermédiaire. Malgré leurs revers productivistes, ces technologies dévoilent la possibilité de fuir la modalité univoque d’un ” enseignement ” et de mettre en place des dispositifs multiples de co-participation.

SYLVIE BOULANGER
QUESTION D’INADAPTATION

Tel qu’il est posé, l’impératif de transmission n’épargne pas le milieu de l’art, et pervertit l’objectif démocratique de diffusion au plus grand nombre. L’objet d’art est objet communiquant en soi. À la dérive de la consommation artistique, Sylvie Boulanger oppose le rapport de consumation, d’expérimentation, et donc d’autorité partagée entre les différents acteurs de l’opération artistique. Les publications d’artistes des années 1960, renforcées par les pratiques actuelles de diffusion numérique, révèlent par leurs formes un potentiel de transmission du rôle même de l’artiste.

ÉRIC MANGION
ON NOUS CACHE TOUT, ON NOUS DIT RIEN. ON NOUS CACHE RIEN, ON NOUS DIT TOUT

D’emblée, une redondance : exposer sur la transmission. Le métasystème de l’art (critique, histoire de l’art, esthétique), nous expose à une essence médiatisée de l’¦uvre. Mais ” art ” et ” transmission ” ne s’accordent pas avec tant d’évidence. Ainsi se présentent trois obstacles (hégémonie du mode ” autoréflexif ” de l’¦uvre ; apparences d’une surmédiatisation ; prévalence du dispositif) que l’exposition Transmission s’est donnée pour gage de contourner.

PETER OSBORNE
OÙ EST L’ŒUVRE D’ART ? : L’ART, L’ARCHITECTURE ET L’ESPACE DE L’ŒUVRE POST-CONCEPTUELLE

La question de la médiation dans l’art contemporain constitue la question des formes de médiation qui composent l’art post-conceptuel. C’est dans la relation à l’architecture que se médiatise la spatialisation de l’¦uvre post-conceptuelle. Cela implique une multiplicité de formes de matérialisation. Le réseau de relations entre différentes sortes de matérialisations constitue ainsi l’espace propre de chaque ¦uvre.

CHRISTOPHE FIAT
LA LITTÉRATURE EST-ELLE TRANSMISSIBLE ?

Que faut-il transmettre ? Les ” ruses ” de la littérature, en l’espèce exemplaire des ¦uvres de Guy Debord, Stephen King et William Burroughs nous indiquent comment il s’agit avant tout de trouver, dans les modes expressifs de la langue, les pouvoirs subversifs d’armes dirigées contre la société de contrôle et ses corollaires normatifs. On pensera ces ” armes ” dans leur dimension performative et le caractère exceptionnel qu’elle confère à toute action contre une ” censure productive ” qui ne considère la transmission que sous l’égide du locuteur, de l’enseignant et du producteur.

JAC FOL. AIMER ÊTRE
QUELCONQUE, TRANSMETTRE L’IMPOSSIBLE

Raisons de l’art et situation des possibilités de transmission sont à notre sens les deux composantes essentielles d’un questionnement de la transmission en matière artistique. La prédétermination qu’engendrent entre autres les régimes d’expertise nous semblent dévaluer ce qu’il s’agira de réaffirmer : une émotionnalité et un caractère quelconque qui excèdent la fonction spectaculaire de l’¦uvre, de sorte que mutualisation et commun ne se laissent plus lire selon les raisons d’un hypothétique “espace public”.

NORBERT HILLAIRE
LE FUTUR ANTÉRIEUR DE L’ŒUVRE D’ART

La question de la transmission est indissolublement une affaire technique et temporelle. Les grands ¦uvres sont celles qui emportent avec elles l’énigme de leur propre réception à venir, comme proposition à la fois technique et ” mystagogique “. En ce sens, le modèle de la transmission à venir (aux temps où la Transmission fondée sur l’autorité d’un maître et d’un savoir ne fonctionne plus) serait à chercher du côté de certaines sociétés qui s’avancent vers leur passé. Tel est le cas de certaines ¦uvres qui se présentent comme autant de pièges à retardement, et qui intègrent à leur propre poïèse le problème et l’incertitude de leur réception à venir se présentant ainsi comme des ¦uvres au futur antérieur. Œuvre à effet-retour ou à effet-retard et qui doivent anticiper sur les conditions techniques actuelles et à venir de la mémoire et de la transmission.

JOSEPH MOUTON
LA TRANSMISSION FÉTICHE

” Je voudrais vous donner une intervention en deux temps. Le premier temps serait celui d’une réflexion qui, pour être personnelle, ne s’en situe pas moins sur le terrain de la théorie commune, – du partage de l’intelligible, dirais-je – car il s’agirait d’y être à la hauteur, conceptuelle, de ce qui se donne en effet ici et maintenant comme un concept à penser, celui de “transmission”. Le second temps serait plutôt celui d’une parole où s’articulerait, même sommairement, ma situation – singulière peut-être, mais sûrement pas idiote – d’écrivain, de poète, de praticien de la langue, vis-à-vis du public, de la chose publique, soit de la politique aussi bien. ”

BRIAN HOLMES
LA PERSONNALITÉ POTENTIELLE. TRANS-SUBJECTIVITÉ DANS LA SOCIÉTÉ DE CONTRÔLE

A partir d’un commentaire du travail de l’artiste brésilien Ricardo Basbaum, qui abolit le cadre limitatif de ce qui se présente généralement comme ” art ” en transformant l’espace d’exposition en un lieu ouvert sur le dehors et l’intervention où chacun peut se repositionner selon des processus de permutation d’identité, l’auteur indique comment ” New Bases for Personality ” ouvre à une critique de l’autorité telle qu’elle s’exerce dans la présentation de l’¦uvre comme dans le milieu plus global des ” sociétés de contrôle “. Le détournement des entités structurelles ainsi agencé établit des dynamiques d’auto-organisation et de trans-subjectivations qui manifestent non plus le ” profil ” localisable d’un public mais l’hétérogénéité de ses expériences.

MAURIZIO LAZZARATO
REGARDER ET ÊTRE REGARDÉ : UNE MICROPOLITIQUE DE L’IMAGE

La transmission apparaît ici au titre de dispositifs à réinventer. Avec le projet “Timescapes”, Angela Melitopoulos bouleverse les dispositifs classiques de production de l’image et cristallise, au sein des mouvements diasporiques, une micropolitique dissensuelle où l’observation hiérarchique et univoque se mue en une perpétuelle négociation collective. Ainsi se trame la densité d’un projet déployé selon des coordonnées géopolitiques et identitaires discontinues, où la coopération technique permet, plus qu’une totalisation, la rencontre événementielle de subjectivités minoritaires : d’un Univers-bloc à un Univers-mosaïque.

CHRISTOPHE KIHM
UNE POLITIQUE DE LA REPRISE, JEREMY DELLER

Le travail artistique de Jeremy Deller se développe dans des formes favorisant la réunion de ce qui est séparé dans le temps et dans l’espace sur des plans humains, culturels, politiques et esthétiques. Ses réalisations sollicitent des moyens critiques initiant des relations dialogiques entre les différents agents ou acteurs des espaces-temps retenus : ainsi, se mettent en force dans ce travail des opérations de transmission.

Published 14 May 2007
Original in French

Contributed by Multitudes © Multitudes Eurozine

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