Résumés Esprit 6/2006

Jean-Pierre Peyroulou
Amnistie en Algérie : quand le pouvoir se reconduit dans l’impunité

Le processus entrepris depuis la réélection d’Abdelaziz Bouteflika à la tête de l’Algérie, et conduisant à une amnistie totale des crimes commis pendant la guerre civile opposant le pouvoir et les islamistes, est encours d’achèvement. Mais cette amnistie, qui ne s’accompagne d’aucune transition politique, a pour l’instant contribué à renforcer la logique sécuritaire de l’Etat.

Olivier Mongin
À propos du durcissement du pouvoir iranien

Comment comprendre la stratégie du président Mahmoud Ahmadinejad sur le dossier nucléaire et le durcissement contre les intellectuels iraniens dont témoigne l’arrestation de Ramin Jahanbegloo ? Soutenu par le Guide suprême, l’ayatollah Khamenei, le nouveau président s’est rapproché des ” durs ” de la première phase de la révolution khomeiniste et des anciens combattants de la guerre Iran/Irak. Mais il cherche également à consolider un pouvoir encore fragile en radicalisant et en régionalisant la querelle internationale du nucléaire iranien.

Jean-François Bayart
Et si l’Europe faisait fausse route dans la crise iranienne ?

Alors que les faucons, aux États-Unis mais aussi en Europe, préconisent, au-delà de sanctions et des embargos, la riposte militaire, Jean-François Bayart invite les bellicistes à ne pas oublier les erreurs d’appréciation et les mensonges qui ont précédé l’intervention en Irak. Dans cette optique, il passe en revue les arguments susceptibles de ne pas répondre à l’escalade iranienne par une nouvelle guerre.

Marc Lazar
Quand l’Italie tire le bilan des années Berlusconi

Battu après avoir pu développer son programme pendant cinq années, Berlusconi n’a pas seulement coalisé contre lui un large courant qui va du centre à l’extrême gauche. Il laisse une Italie très divisée, plus insérée dans la mondialisation mais affaiblie sur la scène européenne.

Entretien avec Joseph Maïla
Quel enseignement supérieur catholique en France ?

L’ancien recteur de l’Institut catholique de Paris, un an après une démission forcée opaque, explique ici la place des instituts catholiques dans le supérieur en France et les possibilités de développement que les échanges universitaires européens lui promettent, sauf en cas de recentrage clérical dont on voit mal les perspectives.

Stéphane Breton
Vous nous avez apporté le corps

Inauguré à la fin du mois de juin 2006, le musée du Quai Branly ne s’intéresse pas seulement aux arts premiers, mais aussi à la création contemporaine et à l’interprétation anthropologique des cultures non européennes. En témoigne la première exposition, Qu’est-ce qu’un corps ? dont nous publions ici le texte de présentation. Affichant une volonté comparative, cette exposition met en perspective l’Afrique de l’Ouest, la Nouvelle-Guinée et l’Amazonie avec l’Europe de l’Ouest.

Rémi Astruc
Trafic de mémoire. À propos du Complot contre l’Amérique de Philip Roth

Le héros de l’aviation Charles Lindbergh était aussi, par isolationnisme, le principal défenseur de Hitler aux Etats-Unis. Que serait-il advenu s’il était arrivé au pouvoir à Washignton à la place de Roosevelt ? Sur la trame de cette politique-fiction, l’écrivain américain réécrit l’histoire en laissant son lecteur opérer la transposition satirique au contemporain. Mais pourquoi la liberté de la fiction conduit-elle à imaginer une persécution qui n’a jamais existé sur le sol américain, une faute commise à l’irréel du passé ?

Entretien avec Patrick Mignon et Christophe Pettiti
Le sport et la loi : comment faire régner l’ordre dans les stades ?

La coupe du monde de football qui se déroule en Allemagne repose la question du maintien de l’ordre à l’abord et à l’intérieur des stades. Le maintien de l’ordre s’est adapté depuis une décennie aux nouvelles formes de supportérisme, de racisme et de violence. Mais la comparaison des différents dispositifs européens montre que la gestion du football est indissociable du rapport que chaque société entretient avec sa propre violence.

Benoît Chantre
Introduction. L’ange radiophonique

Décédé en décembre 2003, Daniel Arasse savait faire partager sa passion de la peinture, comme il l’a fait durant l’été 2003 pour la radio. Il savait aussi changer l’approche de tableaux tellement connus qu’on ne sait plus les voir. Se plaçant ni trop près ni trop loin des oeuvres, entre le commentaire érudit et l’observation muette, il trouvait la juste distance pour voir ” se lever la peinture “.

Bertrand Rougé
La pensée des peintres

Daniel Arasse pratiquait une ” histoire rapprochée ” de la peinture qui, en découvrant des détails peints pour ne pas être vus, font entrer dans l’intimité du tableau. Celle-ci ne signifie pas seulement découvrir comment une oeuvre a été peinte, mais aussi comment elle a été pensée, comment la pensée de la peinture prend forme dans le tableau.

Bruno-Nassim Aboudrar
Daniel Arasse, le regard et l’histoire

Historien érudit, Arasse s’interrogeait sur la méthode des historiens, sur leur positivisme, sur la place du récit. Si le regard lance l’enquête historique dans les livres de Daniel Arasse, c’est parce qu’il se laisse surprendre par la découverte de ce qui est visible et se trouvait déjà là, en attente d’être vu.

Véronique Goudinoux
Questions sur l’art aujourd’hui

Spécialiste reconnu de la Renaissance, Daniel Arasse s’est risqué à parler d’artistes contemporains pour voir si des notions classiques pouvaient s’appliquer à leur oeuvre. Ainsi a-t-il commenté les photographies de Cindy Sherman repartant du motif du ” Narcisse blessé ” pour commenter ses autoportraits de femme américaine.

Thierry de Duve
Sur un détail de Manet

À la manière de Daniel Arasse, le théoricien de l’art s’intéresse ici à un détail d’Un bar aux Folies-Bergère : l’incohérence, qui ne peut être fortuite, du reflet des personnages dans le miroir. Que nous apprend-il sur l’art de Manet ?

Daniel Arasse
” Montanus Fingebat ” : sur une rature de Montaigne

Cette étude d’un détail, le changement de datation de l’avis au lecteur des Essais, illustre la manière et le style d’Arasse. Le projet de Montaigne est de ” se peindre ” lui-même mais quel sens faut-il accorder à cette référence picturale et plastique dans la description réflexive de l’écriture ?

Published 16 June 2006
Original in French

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