Résumés Esprit 5/2005

MARC-OLIVIER PADIS
Une France sans vision de l’Europe?

Désenchantement politique ou pas, la campagne référendaire a exacerbé de manière inattendue les tensions françaises tout en ménageant l’incertitude sur l’issue du vote. Le retour d’une ambiance de pré-21 avril illustre le déphasage hexagonal, qui a perdu le fil de son rapport à l’Europe.

JEAN-PIERRE DUPUY
De Lisbonne (1755) à Sumatra (2005), sur le mal, nous n’avons rien appris

Désarçonnés par le tsunami, comme si chaque catastrophe nous prenait au dépourvu, nous restons stupéfaits devant le désastre. Pourtant, la relecture des débats qui opposaient, déjà, Leibniz, Voltaire et Rousseau au sujet du tremblement de terre de Lisbonne en 1755 peuvent inciter à reprendre une réflexion sur le mal et nous ouvrir la voie d’une éthique de la finitude.

JEAN-LOUIS SCHLEGEL & MARIE-ODILE MÉTRAL
Stanislas Breton (1912-2005). Métaphysicien atypique et lumineux

” Je suis un homme du Moyen Âge romain, né dans un faubourg d’Athènes sous un arbre de Judée. ” Ainsi se présente notre ami Stanislas Breton. Métaphysicien hors pair (Du principe), théologien de la Croix, en consonance avec Ricœur ou Certeau, et fervent spinoziste, il aimait penser la naissance et l’enfance plus que la mort. Après un rappel de sa biographie intellectuelle esquissée par Jean-Louis Schlegel, Marie-Odile Métral met en scène cette ” philosophie buissonnière ” par un florilège de textes.

RAYMOND COURT
Raison et religion. À propos de la discussion Jürgen Habermas-Joseph Ratzinger

Lors d’une discussion atypique, dont la traduction est parue dans Esprit en juillet 2004, le philosophe de Francfort et le futur Benoît XVI se montraient sous des jours inattendus. Le cardinal réputé pour son conservatisme, notamment, s’y montrait fort éloigné de la caricature dogmatique des encycliques. Comment une telle discussion éclaire-t-elle les fondements et les justifications de l’État démocratique libéral ? Et que présage-t-elle de l’action du nouveau pape ?

JOËL ROMAN
Un monde perdu: quatre intellectuels dans le siècle (autour de Sartre, Nizan, Mounier, Aron)

Nés tous les quatre en 1905, insatisfaits du rationalisme universitaire, ces philosophes ont été saisis par les défis de leur temps : la question sociale pour Nizan, la crise de civilisation pour Mounier, la pensée de l’histoire pour Aron, la liberté pour Sartre. En quel sens restent-ils des modèles ?

GASTON HELCINEL
Un siècle par-delà le Bien et le Mal. À propos du Siècle, d’Alain Badiou

Contester les lectures qui ont été faites du siècle passé, l’exercice suppose un brio dont Alain Badiou sait faire preuve. Mais le projet accompagne aussi un esprit polémique qui ne craint pas de contester la démocratie au nom d’un enthousiasme politique qui s’affirme par-delà le Bien et le Mal.

MICHAËL FŒSSEL
L’athéisme dérisoire de Michel Onfray

Les nombreux acheteurs du Traité d’athéologie tomberont sans doute de haut à la lecture des indigentes pages de ce livre caricatural qui, sous couvert de philosophie radicale, propose tout au plus le bréviaire de M. Homais. L’athéisme a, lui aussi, ses exigences sur le plan de la pensée.

OLIVIER MONGIN
B.-H. Lévy: “Là où ça se passe”

Depuis son premier ouvrage sur le Bengladesh, B.-H. Lévy a explicitement fait le choix des médias pour ” faire passer ” ses messages ” là où çà se passe “. Faut-il alors lui reprocher d’être un médiatique sans pensée ? Sa stratégie a accompagné et favorisé une transformation de la vie intellectuelle marquée par l’esprit guerrier (en partie issu du gauchisme) et l’invention d’un genre hybride, celui du journalisme intellectuel.

PHILIPPE MENGUE
Les intellectuels et la critique

Comment expliquer la difficulté de philosophes comme Gilles Deleuze à séparer l’exigence philosophique radicale d’un registre politique dont on ne peut ignorer les limites et les contraintes spécifiques ? La fin du dogmatisme révolutionnaire n’est pas la fin du travail de pensée, mais oblige à inventer un style critique proprement démocratique.

JACQUES DONZELOT
Patasociologie à l’université de Nanterre. Souvenirs d’un enseignement commun avec Jean Baudrillard

Fin des années 1970 et début 1980, un cours en commun s’affranchissait des canons académiques et confrontait les lectures du contemporain par le philosophe et le sociologue. Rétrospectivement, le dialogue mettait en valeur des désaccords particulièrement éclairants sur la libération sexuelle, l’inertie sociale ou encore un possible renouveau politique.

Entretien avec JOSEPH BAHOUT
Le réveil de Beyrouth

Les rassemblements de la place des Martyrs qui ont suivi l’assassinat de Rafic Hariri ont souligné le décalage entre une mobilisation générationnelle et la classe politique traditionnelle. Ils ont aussi marqué le clivage entre les chrétiens, les sunnites et les Druzes d’un côté, et les chiites de l’autre qui sont confrontés à l’échéance du désarmement du Hezbollah. Si la tutelle syrienne se desserre, il faudrait prendre la mesure des freins qui pèsent encore sur des réformes politiques indispensables.

SAMIR FRANGIEH
État et guerre religieuse: le Liban, l’action du Hezbollah et la question chiite

Depuis le pacte multinational de 1943, l’État libanais repose sur un équilibre précaire. Alors que la reconnaissance de la communauté chiite est le pendant du ” réveil libanais “, comment constituer un État et former une classe politique sans durcir les clivages confessionnels ? Est-il possible d’imposer des règles communes à l’ensemble des communautés libanaises au nom d’un intérêt général ? La question vaut bien entendu pour l’Irak.

HENRY LAURENS
La poudrière proche-orientale entre terrorisme classique et violence graduée du Hezbollah

L’auteur de la Question de Palestine revient ici sur la généalogie des formes de violences et de terreur qui ont accompagné le conflit israélo-palestinien. Après avoir évoqué plusieurs phases depuis les années 1930, l’historien s’interroge finalement sur la deuxième Intifada et sur la nature spécifique du Hezbollah, celle d’une violence graduée, qui fait l’objet de jugements contrastés de la part des Français et des Américains.

PHILIPPE DROZ-VINCENT
Le moment américain au Moyen-Orient

Intervention en Irak, pression sur l’Iran et la Syrie, nouvelle implication sur le problème israélo-palestinien : le Moyen-Orient est au centre de la politique américaine. Comment les États-Unis peuvent-ils surmonter les contradictions de leur projet de ” démocratisation impériale ” ?

CLÉMENCE MAYOL
Démocratiser les pétromonarchies du Golfe? Le cas du sultanat d’Oman

La guerre américaine en Irak est, nous dit-on, à l’origine d’un grand nombre de processus de démocratisation en cours, d’Égypte en Arabie Saoudite. L’analyse précise des réformes en cours dans le sultanat d’Oman invite à relativiser cette vision quelque peu irénique pour ne pas se laisser prendre aux mirages des ” démocraties sans démocrates “.

Published 6 May 2005
Original in French

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