Résumés Revista Crítica 77 (2007)

Elisabeth Dupoirier
La découverte de la société civile régionale: les partenaires sociaux, agents des politiques régionales financées par l’Union Européenne

La présence des interlocuteurs de la société civile à côté de l’action publique est stimulée par les normes européennes, qui renforcent le rôle des “partenaires sociaux” dans les divers piliers de la gouvernance. Pour les régions françaises, la possibilité d’associer leur politique à l’expertise et à la représentativité sociale des groupes d’intérêts constitue un moyen important de légitimité et d’efficacité. Le contexte régional est cependant peu attractif pour les représentants de la société civile. Se heurtant à la difficulté de concilier leurs positions dans les territoires et inhibés par la complexité des programmes communautaires, ils préfèrent miser sur le parcours institutionnel traditionnel, privilégiant le rapport à l’Etat et aux départements. D’un autre côté, les régions voient au niveau territorial les partenaires sociaux se tourner plutôt vers les agglomérations urbaines.

Pierre Mazet
Les usages institutionnels de la société civile: l’exemple des Conseils d’Agglomération

Les pratiques de démocratie participative ont eu en France un impact décisif sur les “Conseils de Développement” des pays et des agglomérations urbaines (loi Voynet de 1999). L’inclusion des citoyens dans la vie politique mise en place par ces structures ne correspond cependant pas à ce que l’on en attendait. A travers trois études de cas (Le Sud du Bassin d’Arcachon, les agglomérations de Bordeaux et La Rochelle), cette recherche approfondit la composition diversifiée des Conseils de Développement, le rôle des maires dans la nomination et le contrôle de ses membres, ainsi que les difficultés d’y insérer des habitants anonymes; elle explicite en outre la prédominance des éléments proches des élus locaux et surtout de divers types de spécialistes et de personnels administratifs, habitués aux logiques de planification et au langage politico-administratif. En effet, la monopolisation des débats par le discours spécialisé écarte les citoyens du monde associatif, culturel ou syndical des Conseils de Développement. Le diagnostic final n’est pourtant pas tout à fait négatif, dans la mesure où il révèle certaines virtualités délibératives dans la conciliation d’intérêts, l’ouverture du jeu politique local et l’innovation des rapports politiques mis en pratique par le fonctionnement des Conseils de Développement.

Rob Atkinson, Ian Smith, David Sweeting
La gouvernance urbaine anglaise en transformation: un paradoxe de décentralisation et de (re)centralisation

L’article présent met en relief les transformations de la gouvernance urbaine anglaise depuis 199 et la situation paradoxale marquée par le fonctionnement simultané du processus de décentralisation et de (re)centralisation. Nous commencerons par montrer notre manière de voir le concept de gouvernance, pour ensuite présenter une brève discussion autour des idées concernant la gouvernance urbaine anglaise. Nous décrirons ensuite la structure du gouvernement local anglais et le panorama des politiques postérieures à 1997. Dans le reste de l’article, nous nous pencherons sur les changements relatifs à trois niveaux spatiaux: celui du gouvernement local lui-même et les niveaux émergents du quartier et de la cité-région. Nous nous appuierons sur les transformations à ces différents niveaux spatiaux pour illustrer certains thèmes centraux qui surgissent pendant la dernière décennie et la nature des modifications dans la gouvernance urbaine. Nous présenterons à la fin certains réflexions plus théoriques sur les transformations qui ont eu lieu et qui sont en cours dans la gouvernance urbaine anglaise.

Silvia Bolgherini
Les maires italiens: une révolution de compromis

Pendant les années 1990, en Italie, diverses réformes radicales ont eu lieu: Il s’est agi de transformations politiques, électorales, administratives, institutionnelles et constitutionnelles sans précédent qui ont modifié la structure politique italienne. L’élection directe des maires, introduite en 1993, est considérée la plus aboutie de ces réformes et a déclenché, sans aucun doute, une véritable transition vers une Seconde République. Dans un bilan global, l’on peut affirmer que la réforme municipale a conduit à une révolution de compromis: une véritable révolution en ce qui concerne les innovations, mais aussi un compromis avec les aspects dépendants de la culture politique traditionnelle, de telle sorte que le jeu de compensations entre charisme et politiques de partis, entre la personnalisation et le rôle des partis, domine les politiques locales et influence les choix des nouveaux maires.

Giovanni Allegretti, Massimo Allulli
Les budgets participatifs en Italie: un “pont” pour construire une nouvelle municipalité

La géographie des expériences menées à partir du Budget Participatif (BP) en Italie est une géographie qui connaît un processus de mutation très rapide, dans un panorama qui commence à rencontrer dans le traitement courant des thèmes économico finanicers, un “noyau dur” d’innovation politique. Le repositionnement” graduel des BP italiens s’insère dans le cadre d’un processus critique/formatif plus vaste, qui engage les institutions et la société civile dans des parcours complémentaires, qui mettent en cause le “domaine non discuté” des facteurs économiques dans la société d’aujourd’hui et la “nature” à partir de laquelle beaucoup de constrictions sont imposées, constrictions qui attachent aujourd’hui les administrations locales. Dans ce panorama, l’action du réseau des nouvelles municipalités se transforme en un espace central dans l’interconnexion des différentes expériences au sein et entre elles et dans la relation avec les autres “campagnes” qui visent à défendre l’autonomie et la capacité projective et d’innovation des administrations locales.

René Otayek
La décentralisation comme mode de redéfinition de la domination autoritaire? Quelques réflexions à partir de situations africaines

Le lien entre décentralisation, démocratisation et participation politique s’impose aujourd’hui comme une évidence indiscutable, aussi bien dans le discours des bailleurs de fonds que des acteurs étatiques et infra-étatiques. De nature essentiellement normative voire auto-prophétique, ce discours est mis à rude épreuve en Afrique où la rhétorique décentralisatrice semble s’accommoder de transitions démocratiques avortées ou de “restaurations autoritaires”. Cet article fait donc l’hypothèse que la décentralisation est une ressource stratégique que les pouvoirs autoritaires s’approprient comme preuve de leur conversion à l’ordre démocratique sans que soit réellement remise en cause leur nature autoritaire. La décentralisation serait donc moins l’indice d’une démocratisation bien engagée que l’analyseur des capacités d’adaptation des pouvoirs autoritaires à la nouvelle donne induite par les transformations de l’environnement interne (revendications démocratiques, éveil de la “société civile”) et international (Consensus de Washington) dont la conjugaison pousse au désengagement et au redéploiement de l’Etat, au bénéfice de nouveaux acteurs infra-étatiques et de nouveaux modes de régulation libérés de sa tutelle.

Tiago Matos Fernandes
Décentraliser est-il fragmenter? Les risques du pluralisme administratif pour l’unité de l’Etat en Mozambique

Cet article procède par une analyse critique des risques dérivés de l’existence d’une diversité d’acteurs politiques locaux en Mozambique, lesquels, outre le gouvernement des districts et des mairies locales, exercent des fonctions politiques et/ou administratives dans le même espace territorial. Ce sont, fondamentalement, les chefs traditionnels, les responsables des quartiers et les leaders religieux. A partir d’une étude de cas (Province de Nampula), nous tenterons de démontrer comment l’institutionnalisation de ce pluralisme administratif, accéléré par le processus de décentralisation administrative en cours, met en risque l’exercice de la souveraineté de l’Etat au niveau local.

Daniel Francisco
Territoires nommés désir: de la largesse des concepts à la contention des expériences

Diverses raisons ont contribué à orienter le regard des sciences sociales vers les dynamiques liées au territoire. En principe, c’est là que les thèmes du pouvoir, du développement et de la cohésion sociale se doteront actuellement des contours les plus remarquables. Cet article examine la manière par laquelle les contextes territoriaux sont entrés dans les conceptions nouvelles au sujet du pouvoir et de l’Etat. Il tente d’évaluer dans quelle mesure cela se doit à la constatation de l’existence de nouvelles formes de faire de la politique, à partir des territoires; il illustre plutôt, à l’échelle “locale”, des modalités d’action assez connues et peu innovatrices.

Published 27 September 2007
Original in Portuguese

Contributed by Revista Crítica de Ciências Sociais © Revista Crítica de Ciências Sociais Eurozine

PDF/PRINT

Read in: EN / FR / PT

Published in

Discussion